Pour que l’ensemble des ressources du système de santé reste accessible à tous les
patients selon leurs besoins médicaux, il est capital que le médecin généraliste soit le
point d’ancrage entre le patient et le système de soins de santé. Patient et médecin
généraliste détermineront ensemble la prise en charge adéquate pour bénéficier des
meilleurs soins.
A défaut d’un tel mécanisme, le système de santé est utilisé de façon anarchique et
dispendieuse et le risque est grand de voir s’installer une médecine à plusieurs vitesses
rompant la solidarité, qui est le fondement du système belge d’assurance obligatoire.
Un des moyens les plus percutant pour garantir une accessibilité maximale est de
réduire de façon drastique les tickets modérateurs chez le médecin généraliste au profit
des patients qui ont un
Dossier Médical Global (DMG), consultent prioritairement leur
médecin généraliste avant toute consultation chez un médecin spécialiste et jouissent
du statut de «
patient nécessitant des soins complexes ».
Le système du Maximum à facturer doit être amélioré et mieux connu par les patients et les médecins.
Il faut simplifier et renforcer la collaboration entre CPAS et médecins généralistes pour
optimaliser la prise en charge des patients sans protection sociale suffisante.
2. Lien privilégié patient et médecin généraliste
Le DMG est l’outil qui consacre le lien entre un patient et son
médecin de famille. Il doit unir exclusivement un patient et un
médecin généraliste. Même si ce dernier travaille en association
avec d’autres confrères, il faut toujours un — et un seul —
médecin généraliste référent.
L’ouverture du DMG doit se faire à l’acte et sa prolongation doit
pouvoir être automatique. (1)
L’émergence du statut de «
patient nécessitant des soins complexes » — dont le but est de renforcer la
collaboration entre médecins généralistes et médecins spécialistes — doit déboucher sur une revalorisation du forfait
annuel global du DMG.
Règles concernant le DMG
Le patient doit être invité et incité à consulter prioritairement son médecin généraliste pour tout
problème de santé.
Pour les
pathologies courantes, limitées dans le temps, chez des patients capables de se prendre en charge, il faut jouer sur
la
modulation des tickets modérateurs : le patient sera mieux remboursé de sa consultation spécialisée s’il est passé
préalablement chez son médecin généraliste, gestionnaire de son DMG. II faut aussi prévoir la possibilité d’incitants pour qu’il
retourne chez son médecin généraliste, après une consultation chez le médecin
spécialiste.
Pour les
pathologies complexes, de longue durée, chez des patients fragilisés par leur(s) maladie(s), il faut renforcer la
collaboration entre le médecin généraliste gestionnaire du DMG et le médecin spécialiste référent.
Pour cela il faut créer le statut
de
patient nécessitant des soins complexes :
- C’est le médecin généraliste, et lui seul, qui sera à la base de l’attribution de ce statut à ses patients.
- Ce statut sera valable durant 2 ou 3 ans et ne sera renouvelé que si le médecin généraliste continue à suivre son patient.
- Il ne devra exister qu’ un seul statut de « patient nécessitant des soins complexes » , englobant toutes les pathologies compliquées : diabète, oncologie, BPCO, insuffisance cardiaque, insuffisance rénale, etc. ...
Dès ce moment :
- le patient bénéficiera de meilleurs remboursements pour certaines prestations médicales ou paramédicales et de meilleures conditions financières pour accéder à certains matériels (exemple : tigettes, prothèses, …)
- le médecin spécialiste référent jouira d’une prime (forfaitaire) pour la prise en charge partagée du patient
- la prestation (consultation ou visite à domicile) du médecin généraliste sera mieux honorée et le forfait annuel global du DMG sera nettement revalorisé.
On créera ainsi un système polyvalent, simple d’utilisation, valable pour tous les patients nécessitant des soins complexes.
Certains centres spécialisés dans les maladies rares ont une place dans l’organisation des soins, mais ils doivent tous fonctionner en « troisième ligne », c’est-à-dire qu’ils doivent jouer le rôle de centres de référence pour le généraliste et le spécialiste.
Les centres spécialisés s’adressant à des pathologies courantes (Centres de la migraine, Centres de la ménopause…) n’ont aucune place dans le système de soins de santé.
Une nouvelle façon de voir la responsabilisation des médecins est apparue dans l’accord 2004/2005. Elle s’adresse à l’ensemble des généralistes et prévoit que si une grande majorité d’entre aux adapte ses prescriptions aux « Recommandations de bonne pratique », un bonus sera accordé à tous, sous la forme d’une revalorisation d’honoraires.
Une telle façon d’appréhender la responsabilité des médecins est défendable, pour autant qu’elle reste subordonnée à la recherche prioritaire de la qualité des soins dus au patient, et que les Recommandations de bonne pratique soient émises par des organisations scientifiquement reconnues.
La responsabilisation individuelle de chaque médecin — comme de chaque prestataire d’ailleurs — ne peut pas être éludée. La Loi de responsabilisation — mise en œuvre par le Ministre Vandenbroucke en 2002— a pour objectif de repérer et de sanctionner, après une longue procédure, tout médecin dont la pratique va manifestement à l’encontre des intérêts du patient. Le comportement hors normes est apprécié avec beaucoup de précautions par rapport à une pratique « raisonnable » ou par rapport à des recommandations de bonne pratique largement admises. Il faut que cette loi soit appliquée sans tergiversations en sachant qu’elle porte sur des fautes précises, commises par des médecins dûment identifiés, qui doivent répondre de leurs actes (2).
Le GBO veillera scrupuleusement à une application de la Loi respectueuse des droits de la défense et il s’engage à aider ses membres à faire respecter leurs droits.
2. Cette loi ne doit pas être détournée de son objectif. Ainsi, il ne peut être question de l’appliquer de façon automatique à des groupes de médecins, par exemple, à ceux qui se situeraient au-delà du percentile 90 ou en dessous du percentile 10 pour des prescriptions de tel ou tel médicament ou de tel ou tel acte technique.
5. Utilisation équitable des ressources
Un des défis majeurs à relever par tous les systèmes de santé est de trouver le juste milieu entre deux politiques extrêmes. L’une consacrerait la majeure partie des ressources du système à la dispensation de soins sans limites, parfois exagérément sophistiqués, sans souci de réelle utilité pour la qualité de vie des patients; l’autre concentrerait les dépenses sur des pathologies sélectionnées, opérant une sélection des risques et des patients.
Le médecin généraliste est sans conteste la personne clé dans le système de soins pour assurer un juste milieu et garantir à tous l’accès aux soins nécessaires, même techniquement sophistiqués si besoin en est, tout en freinant les abus dans l’utilisation des examens inutiles et coûteux. Cette démarche est indispensable, tant pour des raisons médicales individuelles (iatrogénicité) que pour des raisons sociales (assurer à tous les malades des soins d’une réelle utilité).
La sophistication technologique mise en oeuvre par la recherche médicale doit être financée par un budget spécifique et ne peut émarger au budget de l’INAMI comme c’est encore trop souvent le cas.