8 mars 2026, Journée internationale des droits des femmes : des progrès … mais le chemin est encore long !

Flash-info 10/26, publié le 06/03/26

Officialisée en 1977 par les Nations Unies et célébrée depuis lors tous les ans à la date du 8 mars, la Journée internationale des femmes est apparue dans un contexte de mouvements sociaux au tournant du 20e siècle aux États-Unis et en Europe.

Alors que nous entrons dans le deuxième quart du 21e siècle, force est de constater que, dans des domaines fondamentaux de la vie, notamment le travail, l’argent, la sécurité, les normes sociales, la santé, etc, les femmes sont encore trop souvent désavantagées et continuent à se heurter à des obstacles tenaces, voire à une résistance, qui entravent leur accès à l’égalité de leurs droits dans de nombreux domaines.

A l’occasion de cette Journée des Droits de la femme, nous avons souhaité laisser la parole à une femme … et un homme du GBO !

Dr Amélie Cuvelier

En cette Journée internationale des droits des femmes, il faut parler d’elles.

Celles qui vivent avec des douleurs chroniques, avec ou sans diagnostic de Fibromyalgie.
Celles qui doivent expliquer, détailler, prouver. Celles dont la souffrance devient un dossier à défendre.

Comme si la douleur avait besoin d’un témoin. Comme si la maladie était un choix. Comme si l’on pouvait tirer un bénéfice à voir son corps se dérober.

On leur répond encore : « C’est le stress. », « C’est le poids. », « Il faut bouger davantage. ».

La plainte est soupçonnée. Ce qui ne se mesure pas n’existerait pas.

Pendant ce temps, elles tiennent : elles tiennent les enfants., les parents vieillissants, les foyers, les emplois à temps partiel, les nuits écourtées, etc.

Certaines finissent même par renoncer à consulter. Non par négligence, mais par épuisement. Le regard médical peut devenir une épreuve supplémentaire. Se soigner ne devrait jamais signifier se justifier.

Et la violence n’est pas distribuée équitablement. Elle frappe encore plus durement les femmes racisées, les femmes grosses, les femmes toxicomanes, les femmes trans.

Il existe une violence médicale. Elle n’est pas toujours spectaculaire. Elle est faite de soupçons, de minimisations, de silences. Elle s’exerce parfois même sans en avoir conscience.

Dans le même temps, les politiques publiques resserrent l’étau.

Les mesures du Gouvernement Arizona coupent dans les allocations de chômage, de maladie de longue durée et réforme des retraites. Elles pèsent d’abord sur les plus précaires. Et parmi elles, majoritairement des femmes.

En Belgique, selon les derniers chiffres d’Oxfam, 70 % des personnes en situation de pauvreté sont des femmes.

Quatre personnes sur cinq travaillant à temps partiel sont des femmes.
Un quart d’entre elles le font pour s’occuper d’enfants ou de proches, contre 8 % des hommes. La moitié des femmes entre 25 et 49 ans interrompent leur carrière pour des raisons familiales. Dans les couples hétérosexuels, elles consacrent en moyenne 1h36 de plus par jour aux tâches domestiques.

Elles sont surreprésentées dans les secteurs pénibles et précaires et constituent l’essentiel de la main-d’œuvre des soins essentiels dans le monde.

Et ce sont ces mêmes femmes que l’on somme de retourner à l’emploi « coûte que coûte ». Même lorsque la maladie est là. Même lorsque les postes impliquent manutention, gestes répétitifs, horaires fractionnés et/ou incompatibles avec l’école ou la garde des enfants.

Les médecins contrôleurs se multiplient. La suspicion devient la norme.
Les exclusions de mutuelle se traduisent par des basculements vers le CPAS et la précarité s’aggrave.

À quel moment la confiance s’est-elle effritée ?
À quel moment la maladie est-elle devenue suspecte par défaut ?

Personne ne choisit d’être malade. Personne ne choisit de s’appauvrir.

Les femmes sont fatiguées de se battre sur tous les fronts : contre la douleur, contre les regards, contre l’administration, contre les politiques d’austérité, contre des normes professionnelles incompatibles avec leurs réalités.

En cette Journée internationale des droits des femmes, que leurs combats ne soient plus une épreuve individuelle à surmonter, mais une responsabilité collective à assumer.

Le printemps des femmes

Dr Lawrence Cuvelier

C’est une révolution silencieuse, discrète mais irréversible : le rôle de certaines femmes à travers l’histoire devient (enfin !) moins invisibilisé. Cette éclosion de leur notoriété touche tous les domaines. Ainsi, on a longtemps cru qu’Hérodote, né environ 500 ans avant JC, fut le premier historien de l’histoire, jusqu’à ce qu’on découvre une historienne [1] qui vécut 2300 ans avant JC. Récemment, une œuvre de la peintre Artemisia a battu des records de vente chez Christie alors que ses peintures reposaient jusque-là dans des coins poussiéreux de musée de Provinces. La première personne à avoir élaboré des programmes informatiques ? Une femme : Ada Lovelace, au 19e siècle. Une époque où les mathématiques étaient considérées comme une bonne distraction pour la gent féminine, jusqu’à ce qu’on en mesure l’importance pour les finances, ce qui évinça les femmes. Christine de Pisan, au 15e siècle, fut la première écrivaine à avoir conquis le statut … « d’homme de lettres » lui permettant de vivre de son travail.

En médecine, la féminisation des soins curatifs a commencé dans le milieu du 20e siècle, une (r)évolution qui s’est développée parallèlement aux progrès de la médecine, et du changement de nature du dialogue avec les patients, qui a évolué progressivement vers un véritable échange, plus authentique et basé sur la vérité des diagnostics. Faut-il rappeler que le simple énoncé des diagnostics se faisait auparavant par périphrases ? Un cancer était une mauvaise grippe ; la tuberculose une faiblesse des poumons. On était dans une médecine paternaliste, avec un médecin de famille dévoué, seul maître après Dieu, qui ne connaissais ni weekend, ni congé.

La féminisation de la médecine, en particulier la médecine de famille, s’est accompagnée de l’évolution vers une pratique de groupe, le travail en équipe permettant d’obtenir un meilleur équilibre entre vie privée et professionnelle, le partage des responsabilités réduisant également la charge mentale des prestataires jusqu’ici individuels. La faculté de pouvoir tout gérer de front, caractéristique essentiellement féminine, s’est aussi répercutée dans la prise en charge des patients, qui est devenue plus globale, appréhendant mieux tous les déterminants de la santé.

Dans cette journée de la femme, il est évident que d’autres feront le tableau de ce qui est encore à acquérir, mais admirer le chemin parcouru est déjà stimulant.

[1] Enheduanna, née en Mésopotamie aux alentours de 2300 av. J.-C. (période d’Akkad), n’est pas une « historienne » au sens moderne, mais la re personne à avoir enregistré par écrit des réflexions personnelles et des événements, marquant l’avènement de la littérature et de la documentation historique.