
Accès direct à la kinésithérapie : quelle est la position du Cartel (ASGB/GBO/MoDeS) ?
Flash-info 48/26, publié le 17/09/26
Sur proposition du ministre Frank Vandenbroucke, le Conseil des ministres a approuvé le 11 septembre dernier un projet d’arrêté royal qui accorde désormais au patient, sous certaines conditions, de bénéficier d’un accès direct à la kinésithérapie sans qu’une prescription préalable d’un médecin (généraliste) soit nécessaire (cf. Fixation du cadre juridique pour l’accès direct à la kinésithérapie).
Avec cet arrêté royal, le ministre semble a priori mettre à mal un principe qu’il rappelle pourtant régulièrement lui-même – à savoir que le médecin généraliste est la figure centrale des soins de première ligne – en mettant en œuvre exactement le contraire de la vision qu’il prétend avoir des médecins généralistes. Ceci mérite toutefois d’être nuancé, car les mots « sous certaines conditions » ont toute leur importance. L’accès direct à la kinésithérapie sans prescription serait ainsi autorisé :
- uniquement pour un nombre limité d’affections relevant du domaine musculo-squelettique ;
- uniquement chez les kinésithérapeutes titulaires d’un master de deux ans et disposant d’au moins deux ans d’expérience professionnelle ;
- pour un maximum de 7 séances par an pour une même pathologie ;
- et à condition que les informations soient transmises au médecin généraliste au début, pendant et à la fin du traitement.
Ces conditions ne doivent rien au hasard puisqu’elles ont été expressément fixées par le Conseil supérieur (des médecins généralistes et des médecins spécialistes), organe dont le ministre était tenu légalement tenu de solliciter l’avis et dont nous nous réjouissons qu’il en ait tenu compte.
Au sein Cartel (ASGB/GBO/MoDeS), nous nous interrogeons toutefois sur la manière dont ces conditions et restrictions seront (ou pourront être) mises en œuvre dans la pratique :
- Reviendra-t-il au médecin généraliste ou un patient de s’assurer que le kinésithérapeute débutant le traitement répond bien aux exigences en matière de diplôme et d’expérience ?
- Par quel canal les informations seront-elles échangées et que se passera-t-il cette transmission n’a pas lieu ? À cet égard, nous estimons qu’une condition supplémentaire devrait être prévue : le kinésithérapeute devrait soit faire partie d’une équipe multidisciplinaire comprenant un médecin généraliste, soit avoir conclu un accord de collaboration avec une pratique de médecine générale, prévoyant un canal de communication fluide et sécurisé, qu’il soit numérique ou papier. Cette garantie supplémentaire permettrait notamment d’éviter que des patients sans médecin généraliste traitant ne soient pris en charge uniquement par un kinésithérapeute, sans véritable continuité du suivi thérapeutique lorsque celle-ci s’avère nécessaire.
Nous nous interrogeons également sur la capacité de cette mesure à atteindre l’objectif sous-jacent qui semble être recherché : réaliser des économies (bien sûr), notamment en évitant la consultation médicale préalable. Ne risque-t-elle pas, au contraire, d’entraîner des coûts supplémentaires ? Une sollicitation accrue des kinésithérapeutes, avec un allongement probable des délais d’attente, des examens d’imagerie médicale supplémentaires à l’issue des 7 séances, …
Enfin, nos principales réserves concernent la vision à plus long terme et les évolutions auxquelles cette mesure pourrait ouvrir la voie : constituera-t-elle un premier pas vers la possibilité, pour les kinésithérapeutes, de prescrire eux-mêmes des séances ? Vers une généralisation progressive de l’accès direct à l’ensemble des pathologies ? Tout cela ne peut et ne doit pas être l’objectif, au risque d’accentuer encore davantage la fragmentation des soins.
Le médecin généraliste est et doit rester le pivot central de la première ligne de soins. Ne l’oublions pas !