
Budget des soins de santé 2025 : sous contrôle… mais à quel prix pour la médecine générale ?
Flash-info 16/26, publié le 15/04/26
Ce 13/04/26, l’INAMI a communiqué les résultats annuels relatifs à l’évolution des dépenses 2025 de l’assurance soins de santé.
Le GBO prend acte du fait que les dépenses pour les prestations de santé restent dans le cadre budgétaire en 2025, avec même une sous-utilisation de 201,2 millions (ramenée à 172,6 millions en tenant compte des montants réservés pour 2026). Une situation qui peut, à première vue, sembler rassurante. Mais cette lecture mérite d’être quelque peu nuancée.
Les membres de la médico-mut (syndicats et mutuelles) ont l’obligation légale de maintenir à l’équilibre le budget des soins de santé. Un budget dont certains postes avaient explosé en 2024 (dont les phono-consultations, à concurrence de 68 millions puisqu’aucun budget n’avait été affecté à ce code nouvellement créé dans la foulée de la pandémie Covid) contraignant le secteur médical à faire 71 millions d’économie pour compenser le dépassement budgétaire affectant les prévisions 2025. Les phono-consultations avaient donc été mises provisoirement à zéro(1), en attendant que le GT « téléconsultations » élabore un cadre régulateur (moins sujet à la surconsommation – parfois abusive – et mieux adapté au contrôle budgétaire et à la transparence) qui permettrait de rétablir cet outil indispensable pour l’accessibilité aux soins en médecine générale, a fortiori en période de pénurie.
Dans ce contexte, le GBO trouve donc particulièrement interpellant de constater que nos autorités se félicitent des économies réalisées (201,2 millions, dont 17,4 millions sur les honoraires médicaux) … sans reconnaître que celles-ci reposent en partie sur du travail médical non rémunéré, à savoir le volet croissant des consultations à distance qui jouent pourtant un rôle crucial en matière d’accessibilité aux soins en médecine générale, et favorable à une démarche écologique des soins.
Des écarts importants selon les secteurs
L’analyse détaillée de l’INAMI révèle par ailleurs des disparités significatives entre secteurs :
Secteurs en dépassement :
- Le prix de la journée d’hospitalisation enregistre un dépassement attendu de 121 millions, lié notamment à des mécanismes de rattrapage pour la période 2018-2022.
- Les spécialités pharmaceutiques affichent un dépassement net de 104 millions, en partie dû à des recettes (montants récupérés) issues des médicaments innovants inférieures aux prévisions.
Secteurs en sous-utilisation
- Les honoraires médicaux présentent une légère sous-utilisation (17,4 millions).
- D’autres secteurs affichent des écarts bien plus marqués, notamment les soins infirmiers à domicile (-95,6 millions), les implants (-81,3 millions), les soins psychologiques (-64,4 millions) ainsi que le maximum à facturer (-36 millions).
Au final, ces écarts se compensent, ce qui explique l’absence de dépassement global de l’objectif budgétaire, et même une sous-utilisation de 201,2 millions (soit 0,5 % sous le budget prévu de plus de 39,7 milliards en 2025).
Des économies… au détriment du travail à distance des généralistes ?
Le budget dépensé pour les honoraires médicaux se situe donc 17,4 millions en dessous du budget prévu. Cette sous-utilisation est certes limitée au regard d’un budget de 11,644 milliards, mais elle interpelle quant à la nécessité et la légitimité de la suppression du remboursement des phono-consultations.
Quels ajustements seraient donc possibles pour corriger cela ? On le sait, les montants non dépensés sont considérés comme perdus, c’est la règle. Pourtant, une correction exceptionnelle, tenant compte de cette sous-utilisation, pourrait légitimement être envisagée.
Quelles perspectives pour 2026 et 2027 ?
L’INAMI prévoit, en mai 2026, d’établir les estimations techniques pour le budget 2027 ainsi qu’une révision de celles pour 2026.
D’ici juillet 2026, des audits sectoriels détaillés seront également réalisés afin d’analyser les dépassements et sous-utilisations, et d’évaluer l’impact budgétaire des mesures. Ces rapports serviront de base aux discussions au sein des commissions et organes de gestion concernés pour le suivi ultérieur et pourraient déboucher sur d’éventuels ajustements.
Pour ce qui est des consultations à distance, notez que l’accord 2026-2027 prévoit que :
- En 2026 : un budget de 21,072 millions sera octroyé au prorata du nombre de DMG via la prime de pratique 2025 (soit ± 2 €/DMG si on se base sur un total d’environ 10 millions de DMG existants en 2025(2)).
- En 2027 : un budget de 42,5 millions a été réservé pour honorer ce travail en dehors des consultations physiques. À cet effet, le GT téléconsultations doit remettre pour ce 30/06/26 une proposition pour que le travail du médecin généraliste en dehors des moments de contact physique (p. ex. contacts téléphoniques, avis…), en remplacement des consultations téléphoniques, soit honoré dans un système moins sujet à la fraude et mieux adapté au contrôle budgétaire et à la transparence. Le remboursement des vidéo-consultations est préservé de ces discussions et donc maintenu en l’état.
Conclusion : une vigilance indispensable
Si le respect du cadre budgétaire est un signal positif, il ne peut occulter les tensions sous-jacentes, en particulier pour la médecine générale. N’oublions pas non plus que le gouvernement actuel n’a pas suivi les prévisions du Bureau du Plan quant à l’augmentation nécessaire du budget des soins de santé, et ne prend pas en compte l’impact négatif (en termes de dépenses à moyen et à long terme) que peuvent avoir des mesures d’économies à court terme.
Pour le GBO, il est essentiel que la maîtrise des dépenses ne repose pas sur une érosion progressive de la rémunération et des conditions de travail des médecins. À défaut, c’est l’accessibilité et la qualité des soins, ainsi que l’attractivité de la profession et la rétention des professionnels qui risquent, à terme, d’en pâtir.
(1) Cf. nos Flash-infos : Phono-consultations à 0 àpd 15/02 : non, les MG ne travailleront plus gratuitement ! (31/01/2025) et Phono-consultations momentanément à 0 dès ce 15/02 : que recommande le GBO ? (14/02/2025)
(2) Dossier médical global (Vers une Belgique en bonne santé)