
La consommation d’antibiotiques en ambulatoire est sur la pente descendante !
Flash-info 22/26, publié le 04/05/26
Un an après l’introduction des trois indicateurs de bonne pratique définis par le Conseil National de Promotion de la Qualité (CNPQ) pour soutenir les généralistes dans une prescription pertinente des antibiotiques, l’INAMI a publié une analyse de leur impact sur les habitudes de prescription. Le Dr Benjamin Fauquert (Unité de Recherche en Soins Primaires – ULB) en décrypte les principaux enseignements.
Par ailleurs, depuis début avril 2026, de nouveaux feedbacks individuels de prescription sont accessibles aux médecins via ProSanté, offrant à chacun la possibilité d’évaluer l’évolution de ses pratiques depuis la mise en place de ces indicateurs.
L’utilisation d’antibiotiques est génératrice d’antibiorésistance en constante augmentation et dont l’impact le plus important est estimé (par l’ECDC) à environ 500 décès par an en Belgique, la plupart d’infections nosocomiales, face à des bénéfices quasi-inexistants en soins primaires (quelques heures de symptomes en moins, de très très rares complications qui surviennent même sous antibiotiques). Il faut y ajouter les effets sur la biodiversité (les rejets dans les eaux usées sont importants) et des dépenses inutiles (si tous les médecins généralistes atteignaient les indicateurs ci-dessous, cela correspondrait à environ 10€ d’économie par habitant sur les dépenses de sécurité sociale).
Des objectifs pour la Belgique
Les ministres européens de la santé publique ont fixé un objectif de réduction moyen de 20% de l’utilisation humaine d’antibiotiques. La Belgique est particulièrement concernée puisqu’elle se situe dans le tiers supérieur des consommations européenne. L’INAMI via son Conseil National de Promotion de Qualité (CNPQ) s’est donc fixé des objectifs et vient de publier en mars 2026 un nouveau rapport qui reprend la consommation d’antibiotique prescrits par des MG entre 2021 et 2025.
Cela concerne surtout la médecine générale, car même si chaque MG prescrit peu, les 17000 MG belges (y compris les MG en formation) sont responsables de 75% du volume d’antibiotiques délivrés en ambulatoire. Classiquement trois indicateurs sont évalués: l’utilisation totale d’antibiotiques, l’utilisation d’antibiotiques de première ligne (l’amoxicilline), l’utilisation d’antibiotiques de seconde ligne (tous les autres).
Avec quels résultats ?
Pour le premier indicateur, l’objectif est de passer de 700 prescriptions par 1000 habitants en 2019 à 400 en 2025 soit une réduction de 43% des prescriptions délivrées (évaluation Sciensano). Cela se traduit pour les médecins généralistes de rester autour de 23% de patients adultes et 45% d’enfants par an qui reçoivent des antibiotiques (évaluation INAMI).
En 2024, 43% des médecins sont parvenus sous ce seuil de 23% (et 46% des médecins pour les enfants). Une diminution moyenne de 14% de patients qui reçoivent des antibiotiques a été constaté entre 2023-2024 et 2024-2025 (années de juillet à juin). Cette diminution s’est donc faite après le feedback envoyé en juillet 24 mais on ne peut lui en attribuer tout le bénéfice puisque plusieurs autres actions concomitantes comme la mise à jour des recommandations sur le mal de gorge ou la mise en place du baromètre antibiotique ont aussi pu influer sur le niveau de prescription des médecins.
Le second indicateur montre que, en 2024, 16% des MG prescrivent de l’amoxicilline dans 80% des cas et le troisième que seulement 11% des MG prescrivent des antibiotiques autres que l’amoxicilline dans moins de 20% des cas.
Dans l’ensemble, on constate que les jeunes médecins et les médecins femmes ont de meilleurs indicateurs. Les différences entre régions sont difficiles à interpréter car les structures de population et la répartition des MG est trop différente. Les 2ème et 3ème indicateurs sont difficile à interpreter à un niveau individuel. En effet, la plupart des pratiques qui utilisent le “baromètre antibiotiques” montrent une utilisation des quinolones dans les infections respiratoires et urinaires simples inférieure à 5%. Attention aussi, pour un « petit prescripteur » les résultats peuvent être surestimés en raison d’un petit dénominateur (nombre faible de prescriptions).
La progression annuelle est donc notable et mérite de poursuivre l’effort au vu des objectifs poursuivis. Les indicateurs de l’INAMI étant parfois difficiles à interpréter, cela vaut la peine de les confronter à d’autres comme ceux du baromètre antibiotiques.
Plus d’info : Antibiotiques : indicateurs pour une prescription efficace par les médecins généralistes (INAMI – page mise à jour le 09/04/26)
Pour aller plus loin
Nous vous encourageons à vous investir dans cette thématique :
- En consultant la nouveau guide pratique clinique sur le mal de gorge (WOREL)
- En analysant vos résultats de feedback antibiotique disponibles sur Prosanté
- En invitant un MG animateur à organiser une concertation médico-pharmaceutique (accréditée) sur ce thème via cmpinfo@ulb.be
- En organisant un GLEM consacré aux antibiotiques (les points d’accréditation sont doublés en 2026)
- En utilisant les résultats de votre baromètre antibiotiques disponibles sur Un e-learning sur les baromètres sera disponible très prochainement sur le site du Cebam.