
Ce « Grain à moudre », publié le 30/04/2026, est un billet d’humeur issu des réflexions du Dr Lawrence Cuvelier, président du GBO/Cartel, mis en forme par le Dr Axel Hoffman. Il témoigne des opinions personnelles de leurs auteurs (et n’engagent qu’eux), sans nécessairement refléter la position du GBO/Cartel.
Quizz
Si quelqu’un s’adresse à vous poliment (comme moi), c’est qu’il :
1 – cache quelque chose
2 – n’est qu’un ringard
3 – se retient de faire un malheur
4 – préfère la raison à la violence
Méfiez-vous des gens polis ! Ayez foi en la sagesse populaire qui vous met en garde : « trop poli pour être honnête ». C’est que le monde évolue : alors que naguère politesse et correction valorisaient les propos tenus et que la vulgarité disqualifiait son auteur, aujourd’hui politesse et correction sont considérées comme des marques de faiblesse ou de duplicité tandis que la vulgarité est devenue la norme. Celui qui s’offusque des ‘paroles’ d’un président qui s’exprime comme un gangster des bas-fonds est aussitôt démasqué comme dangereux gauchiste woke hasbeen. Mais ne nous trompons pas de cible, chacun a le droit de s’exprimer comme bon lui semble. Non, ce qui nous chagrine, ce n’est pas l’auteur de la vulgarité (quoique…), c’est le fait qu’elle soit tolérée par de plus en plus de gens par la grâce d’une complaisance mal placée. Car qu’est-ce que la vulgarité, si ce n’est une violence verbale ! Symptôme d’un débordement émotionnel qui évacue la raison pour privilégier la disqualification de l’autre, la violence verbale constitue la dernière étape avant le passage à la violence ‘non verbale’.
Sapajou ! Anacoluthe ! Bachi-bouzouk !
Les invectives du capitaine Haddock se contentaient de puiser dans le dictionnaire des mots ordinaires mais assez mal connus pour que le lecteur inculte y voie des insultes cocasses. À ne pas confondre avec la vulgarité qui cherche à blesser et si possible à mettre à mort. Que ce soit dans une discussion politique, philosophique ou affective, l’objectif de la vulgarité est de disqualifier l’autre par une épithète qui deviendra un attribut dont la personne aura le plus grand mal à se défaire.
Dans la gamme de l’appartenance, on peut jouer sur le genre ou la provenance, gonzesse, macho, bougnoul, cul-blanc, négro, niakoué et autres joyeusetés, l’important est de réduire l’autre à un trait que l’on désignera d’un mot considéré comme infériorisant, prononcé d’un air entendu et sur un ton méprisant. Dans la gamme politique on peut se voir affubler du nom de gauchiste, de facho, d’anarchiste, de nazi. La victime de telles catégorisations a du mal à se dépêtrer de ces attaques car vouloir argumenter calmement est suspect, souvent contre-productif et toujours laborieux. Objectif atteint : Vulgarité : 1 – Argumentation : 0. Il en a été ainsi de tous temps, les réseaux sociaux et la relative impunité qu’ils offrent ne sont pas la cause de cette évolution mais l’amplifient de manière inédite. Il est peu probable que les mouvements anti-vax ou woke ou de remise en cause de toute forme d’autorité morale ou scientifique auraient pris une telle ampleur sans ces médias. Fini de faire confiance aux experts, aujourd’hui la planète est peuplée de milliard d’experts qui affichent haut et fort leurs convictions ‘anti’ dès qu’une information perturbe leur confort quotidien. Fini aussi le sentiment d’infériorité, si je ne comprends pas c’est que c’est faux et inutile. Sous le feu des projecteurs, obscurantisme et chasse aux sorcières tiennent la vedette.
Insultez, insultez, il en restera toujours quelque chose
Sur un plan plus terre à terre, les récentes négociations politiques me semblent alarmantes dans ce contexte. Notre syndicat a mené et doit encore mener des négociations compliquées dans les mois qui viennent. Nous avons défendu la nuance dans un contexte particulièrement difficile où des économies sont demandées à tous les niveaux. Nous avons défendu les suppléments d’honoraires alors que la majorité de nos membres ne sont pas concernés. Malgré cela, dans d’autres dossiers, nous nous sommes vus qualifier de promoteurs serviles d’une médecine étatisée. Notre vision est de réaliser un travail honnête et efficace qui ne se fasse ni au détriment du patient, ni de la société dans un contexte de stricte indépendance médicale. Certains sont persuadés que l’absence de mutuelles (et de syndicats) faciliterait les choses. Paradoxe incroyable qui donnerait tout le pouvoir à l’État. Il est vrai que tous les apprentis dictateurs disent parler vrai, au nom du peuple …
Certains médecins sont persuadés que l’absence mutuelles (et de syndicats) faciliterait les choses. Paradoxe incroyable qui donnerait tout le pouvoir à l’État.
Réponses du quizz : En ce qui concerne le GBO, on préfère la quatrième réponse, mais c’est chacun selon son goût …

