Téléexpertise en dermatologie dès le 1/09 : une avancée… mais le travail du MG reste non rémunéré

Flash-info 43/26, publié le 26/08/26

À partir du 1er septembre 2026, les médecins généralistes pourront solliciter à distance l'expertise d'un dermatologue concernant une lésion cutanée présentée par l'un de leurs patients. 

Cette nouvelle possibilité est désormais inscrite dans la nomenclature par un arrêté royal du 22 juin 2026, publié au Moniteur belge le 10 juillet. Une évolution intéressante pour faciliter l'accès à un avis spécialisé et éviter certaines orientations inutiles vers la deuxième ligne… mais qui laisse le GBO/Cartel sur sa faim concernant la reconnaissance du travail effectué par le médecin généraliste. 

La nouvelle prestation 107236 – « Expertise à distance par un médecin spécialiste en dermatologie et vénérologie, à la demande d'un médecin généraliste » (N 8) – permet au généraliste de soumettre une question clinique à un dermatologue afin d'obtenir un éventuel diagnostic et/ou une proposition de traitement. 

Le patient ne doit donc pas, à ce stade, consulter lui-même le spécialiste et ne devra payer aucun ticket modérateur pour cette prestation. Selon l'INAMI, l'évaluation du projet pilote a montré que ce dispositif pouvait améliorer l'accès à l'expertise dermatologique, soutenir la première ligne et réduire les renvois vers le spécialiste ainsi que certains déplacements inutiles des patients. 

Concrètement, le médecin généraliste devra transmettre au dermatologue, via un canal de communication sécurisé, traçable et permettant le suivi de la demande : 

  • sa question clinique et suffisamment d'informations pour permettre au dermatologue de se prononcer ; 
  • les données d'identification du patient ; 
  • ses antécédents médicaux et sa médication actuelle ; 
  • les conditions de vie et de travail pertinentes ; 
  • des images de qualité de la ou des lésions cutanées ; 
  • les données administratives nécessaires à la facturation. 

Si des informations supplémentaires sont nécessaires, des échanges complémentaires pourront avoir lieu entre le généraliste et le dermatologue. 

Pour pouvoir attester la prestation, le dermatologue devra transmettre sa réponse au plus tard le troisième jour ouvrable suivant la réception de la demande. 

Le spécialiste sollicité devra également être en mesure, si nécessaire, d'assurer ensuite le suivi du patient lors d'une consultation physique à son cabinet. 

La téléexpertise pourra être attestée au maximum deux fois par année civile et par patient. 

Sur la base de l'avis reçu, le médecin généraliste pourra poursuivre lui-même la prise en charge et élaborer un traitement ou, si la situation le nécessite, orienter son patient vers une consultation physique chez le dermatologue. 

C'est ici que le bât blesse : si cette nouvelle prestation 107236 rémunère le dermatologue pour l'expertise qu'il fournit à distance, l'arrêté ne crée en revanche aucune prestation spécifique pour rémunérer le médecin généraliste qui sollicite cette expertise et devra de surcroit en gérer la suite à donner. 

L'intervention du généraliste ne se limite pourtant pas à envoyer une photographie et un dossier explicatif. Il doit, comme dans toute autre problématique, examiner son patient, identifier la situation justifiant le recours à l'expertise, constituer une demande clinique suffisamment documentée, rassembler et transmettre les informations nécessaires. Il doit de surcroît réaliser des images exploitables avec du matériel de bonne qualité, utiliser le canal sécurisé prévu à cet effet et, le cas échéant, répondre aux demandes d'informations complémentaires du dermatologue. Une fois l'avis reçu, c'est encore le généraliste qui devra l'intégrer dans la prise en charge et assurer la suite du traitement ou organiser l'orientation vers le spécialiste. Cette gestion de l'avis reçu par le spécialiste pourra être assurée soit en consultation au cabinet (qui sera donc rémunérée via l'honoraire d'une consultation), soit via un contact à distance … alors que les phono-consultations ne sont plus honorées par les tarifs de la convention médico-mutualiste ! 

Sur le principe, le GBO/Cartel accueille favorablement le développement de la téléexpertise. 

Ce dispositif s'inscrit pleinement dans une organisation plus efficiente des soins : permettre au patient de recevoir le bon soin, au bon endroit et au bon moment, tout en renforçant la collaboration entre la première et la deuxième ligne. Si un avis dermatologique à distance permet au médecin généraliste de poursuivre lui-même la prise en charge, il peut éviter au patient une consultation spécialisée et contribuer à réserver les rendez-vous en dermatologie aux situations qui en ont réellement besoin. 

Mais cette efficience repose ici sur le travail de deux médecins, spécialiste ET généraliste ! 

Il est dès lors difficilement compréhensible que le travail intellectuel et administratif du dermatologue soit reconnu par une prestation spécifique tandis que celui du médecin généraliste qui initie, documente et assure le suivi de cette téléexpertise ne bénéficie d'aucune rémunération spécifique. 

Le développement de nouvelles formes de collaboration entre lignes de soins ne peut pas se construire en ajoutant continuellement de nouvelles tâches à la médecine générale sans reconnaître le temps qu'elles nécessitent. 

Le GBO/Cartel plaide donc pour que l'évaluation de ce nouveau dispositif tienne également compte de la charge de travail réelle pour les médecins généralistes et que la question d'une rémunération appropriée de leur intervention soit mise sur la table. 

Car renforcer la première ligne ne consiste pas seulement à lui confier davantage de responsabilités : cela suppose aussi de reconnaître et de financer le travail qu'on lui demande d'accomplir.