
Canicule : anticiper, protéger les patients vulnérables et soutenir la médecine générale
Flash-info 32/26, publié le 09/07/26
La récente vague de chaleur, qui s’est étendue du 18 juin au 1er juillet, a rappelé avec force que les épisodes caniculaires ne sont plus des événements exceptionnels. Peu s’attendaient toutefois à une canicule d’une telle ampleur : dix jours consécutifs avec des températures supérieures à 30 °C, accompagnés de nuits anormalement chaudes.
Selon Be-MOMO, le système de surveillance de la mortalité toutes causes confondues de Sciensano, cette vague de chaleur s’est traduite par une surmortalité nationale de 47,8%, soit 1.747 décès supplémentaires par rapport au nombre attendu. Un bilan particulièrement préoccupant, atteignant un niveau inédit dans notre pays, et encore plus marqué en Wallonie (76%) et à Bruxelles (60,9%), les deux régions les plus touchées (Plus d’info : La surmortalité durant la vague de chaleur du mois de juin 2026 – Sciensano).
Au plus fort de cette vague de canicule, les services d’urgence hospitaliers et plusieurs postes médicaux de garde (PMG) ont été soumis à une pression exceptionnelle, tandis que les numéros 112 et 1733 ont enregistré des temps d’attente particulièrement longs. Ces difficultés ont mis en évidence un manque d’anticipation face à une situation pourtant largement prévisible. Une réalité qui interroge, alors que les conséquences sanitaires du réchauffement climatique sont documentées depuis de nombreuses années.
Ces événements ne vont faire qu’augmenter en fréquence et en intensité et nécessitent une meilleure anticipation par l’ensemble du système de soins, raison pour laquelle le GBO/Cartel, ainsi que l’ensemble des organisations de médecine générale(1), ont alerté sur le risque d’implosion de la prise en charge des soins non planifiables et la nécessité de mettre en place très rapidement les moyens nécessaires pour garantir un accès rapide à la médecine générale (retour en phase 1 quand le 1733 ne parvient plus à absorber le volume d’appels), soutenir les équipes de terrain (budget de crise pour renforcer les équipes des PMG), éviter que les services d’urgence ne soient davantage engorgés par des situations relevant des soins de 1re ligne et impliquer réellement la médecine générale dans la gestion de crise.
(1) Cf. nos Flash-info Saturation totale du 1733 le week-end dernier : le GBO/Cartel a interpellé les autorités pour anticiper la prochaine vague de chaleur et Canicules et crise aux 1733 et 112 : la médecine générale parle d’une seule voix et interpelle le Gouvernement
Réunion au cabinet du Ministre Vandenbroucke : premières avancées attendues pour la prochaine canicule
Une réunion de crise s’est tenue ce mercredi 8 juillet soir au cabinet du Ministre Vandenbroucke afin d’examiner les difficultés rencontrées lors du dernier épisode de forte chaleur et d’identifier les mesures à prendre avant les prochaines vagues caniculaires.
Le GBO/Cartel y a rappelé que la médecine générale ne peut continuer à absorber seule les conséquences d’un défaut d’anticipation organisationnelle. Les pics d’activité estivaux sont prévisibles : ils doivent donc faire l’objet d’un plan opérationnel clair, activable rapidement, avec des moyens humains suffisants, une communication fluide vers le terrain et des mécanismes de soutien immédiat pour les postes de garde.
Qu’avons-nous obtenu ?
Les mesures obtenues lors de cette réunion nécessitent encore certaines adaptations organisationnelles. Elles ne pourront donc pas être mises en œuvre dès ce week-end, mais seront opérationnelles dès la prochaine vague de chaleur.
- Retour temporaire en phase 1 du tri : tant que les effectifs du 1733 restent insuffisants, les postes médicaux de garde (PMG) concernés seront informés 4 jours à l’avance de leur retour temporaire en phase 1 du tri. Cette organisation sera maintenue jusqu’au dimanche à 23 heures. La nuit du dimanche au lundi repassera en phase 2 (1733) tant que faire se peut les médecins généralistes qui reprennent leur activité habituelle le lundi matin.
- Budget de crise : l’INAMI s’est également engagée à allouer un budget de crise permettant aux PMG de pouvoir renforcer rapidement leurs équipes (accueillants, chauffeurs, personnel de soutien…) lors de situations exceptionnelles.
À plus long terme, le SPF Santé publique s’est engagé à rendre ce dispositif plus réactif, avec des délais d’activation inférieurs à quatre jours, une activation ciblée en fonction des réalités géographiques et une application à l’ensemble des situations de crise ou de catastrophe susceptibles de mettre sous tension de façon imprévue les soins non planifiables.
Le GBO/Cartel restera particulièrement attentif à la concrétisation de ces engagements et veillera à ce que les pouvoirs publics associent systématiquement la médecine générale et la première ligne dès les premiers signes d’une crise, afin de s’appuyer pleinement sur leur expertise et leur rôle central dans la prise en charge de la population.
Par ailleurs, il continuera à défendre la mise en place de toutes les mesures nécessaires pour garantir un accès rapide, sécurisé et de qualité aux soins non planifiables grâce à un tri 1733 sous la responsabilité de l’État, efficace et renforcé quand nécessaire. La médecine générale n’a pas vocation à suppléer un tri déficient. Son rôle est et doit rester le soin.
Anticiper les prochaines vagues de chaleur dans votre pratique
Le Collège de Médecine Générale (CMG) rappelle que la médecine générale a un rôle essentiel à jouer, en particulier avant les fortes chaleurs. Il a donc consacré un article complet à la gestion de la canicule en médecine générale : Canicule : Préparer au mieux la prochaine vague en médecine générale. Il y reprend les groupes à risque, les signaux d’alerte et les démarches à entreprendre avant, pendant et après les épisodes caniculaires, en tant que médecin généraliste.
En bref :
- Avant la canicule, le CMG recommande d’identifier les patients vulnérables via les DMI (personnes âgées, jeunes enfants, femmes enceintes, patients chroniques, personnes isolées, polymédiquées ou présentant des troubles cognitifs/psychiques), d’organiser un contact téléphonique préventif avec ces patients à risque, d’impliquer l’entourage ou les aidants proches, et de revoir les traitements chroniques susceptibles d’aggraver une déshydratation.
Dans son Folia de juin (Canicule et médicaments, soyez vigilants !), le CBIP attire notamment l’attention sur certains médicaments pouvant favoriser ou aggraver les complications liées à la chaleur : diurétiques, AINS, IECA/sartans, antipsychotiques, médicaments anticholinergiques ou sérotoninergiques. Il invite les médecins généralistes et pharmaciens à se concerter autour des patients à risque.
- Pendant la canicule, le CMG recommande de surveiller les signes de déshydratation, d’adapter si nécessaire certains traitements chez les patients fragiles, de maintenir un suivi téléphonique ciblé, d’adapter les consultations et de rappeler les conseils de base : hydratation, limitation des efforts, fermeture des volets en journée, aération nocturne, rafraîchissement régulier et vigilance envers les personnes isolées.
- Après la canicule, une veille médicale reste nécessaire, jusqu’à 10 jours après l’épisode, notamment via consultation ou visite à domicile pour les patients les plus fragiles. Le CMG recommande également d’évaluer les mesures mises en place au sein de la pratique afin d’améliorer l’anticipation des prochains épisodes.
Fiches pratiques du CMG pour anticiper la canicule en MG :
Le plan “forte chaleur et pics d’ozone” : de quoi parle-t-on ?
Ce plan, coordonné avec les données de l’IRM et IRCELINE, vise à anticiper les vagues de chaleur, limiter leur impact sur la santé et porter une attention particulière aux publics vulnérables. Il comprend trois phases :
- une phase de vigilance, active chaque année du 15 mai au 30 septembre, indépendamment des conditions climatiques. Il ne s’agit donc pas ici d’un seuil mais d’une période. Durant la phase de vigilance du Plan, les températures maximales prévues par l’Institut royal météorologique (IRM) ainsi que les concentrations d’ozone observées et attendues par la Cellule interrégionale de l’Environnement (CELINE) font l’objet d’une surveillance particulière.
- une phase d’avertissement, déclenchée sur base de seuils de température et/ou d’ozone. Les entités fédérées disposent chacune d’un plan d’action forte chaleur et sont responsables de la mise en œuvre de ce plan.
- une phase d’alerte, lorsque les mesures doivent être renforcées. Lorsque des valeurs critiques de température et d’ozone sont mesurées, le Risk Management Group (RMG), présidé par le SPF Santé publique peut décider d’activer la phase d’alerte. Pendant la phase d’alerte, le SPF Santé publique, en étroite collaboration avec le Centre national de crise et les centres de crise des entités fédérées, coordonne et met en place les mesures appropriées pour contrôler les effets de la forte chaleur et des pics d’ozone sur la santé de la population.
Plus d’info :
- Plan Forte chaleur et pics d’ozone (IRM)
- Qu’est-ce que le plan « Forte chaleur et pics d’ozone » et quelles sont les différentes phases ? (Cellule Interrégionale de l’Environnement -CELINE)
- Plan fédéral fortes chaleurs et pics d’ozone (SPF Santé)
- Plan forte chaleur et pics d’ozone (Vivalis)
- Forte chaleur et pics d’ozone : bons réflexes et plan wallon (AViQ)